ACTUALITÉS
Juillet 2026
Guillaume Douet
Directeur de Coalta Formation
La nouvelle édition de La France bénévole, publiée par Recherches & Solidarités en partenariat avec Coalta Formation, confirme la vitalité de l’engagement associatif tout en mettant en lumière ses transformations et ses fragilités. Guillaume Douet, directeur de Coalta Formation, revient sur les enseignements qui l’ont particulièrement marqué et sur les questions qu’ils posent aux associations.
Que retenez-vous d’abord de cette nouvelle édition de La France bénévole 2026 ?
Je retiens d’abord que le bénévolat est toujours bien présent dans notre société. Depuis 2010, la part des Français engagés dans une association est passée de 22,5 % à 25 %. C’est une évolution importante, que l’on oublie parfois lorsque l’on se concentre uniquement sur les variations d’une année à l’autre.
J’aime regarder les évolutions annuelles, mais je trouve souvent plus éclairant de prendre un peu de recul. Cela permet de mieux repérer les tendances durables et de ne pas réduire la situation du bénévolat à la seule comparaison entre deux années.
L’étude montre aussi qu’il n’existe pas une seule manière d’être bénévole. Certains interviennent chaque semaine, d’autres quelques heures par mois ou à certains moments de l’année. Ces différentes formes d’engagement ne doivent pas nécessairement être opposées. Elles correspondent aussi aux contraintes, aux disponibilités et aux étapes de la vie de chacun.
L’étude attire pourtant l’attention sur l’évolution du bénévolat régulier…
Les bénévoles présents tout au long de l’année et ceux qui interviennent chaque semaine constituent évidemment une forme de colonne vertébrale pour de nombreuses associations. Sans eux, il est souvent difficile d’organiser une activité, d’accueillir les nouveaux bénévoles ou d’assurer une continuité.
Mais là encore, il est intéressant de regarder les évolutions sur plusieurs années. Sur cinq ans, la proportion de bénévoles engagés tout au long de l’année a progressé, tout comme celle des personnes intervenant chaque semaine. Une évolution observée sur une seule année constitue un point d’attention, mais elle gagne à être replacée dans cette histoire plus longue.
La vraie question pour les associations est peut-être moins de savoir si les bénévoles réguliers disparaissent que de comprendre ce qui leur permet aujourd’hui de tenir leur engagement dans la durée.
Comment analysez-vous le recul du bénévolat chez les plus de 65 ans observé dans La France bénévole 2026 ?
Ce recul rejoint ce que nous observons régulièrement sur le terrain. Il ne signifie pas nécessairement que les seniors ont moins envie de s’engager. Bien souvent, ce n’est pas qu’ils ne veulent pas : c’est qu’ils ne le peuvent pas, ou plus de la même manière.
On présente facilement les nouveaux retraités comme un formidable vivier pour les associations. Mais beaucoup arrivent à la retraite avec des contraintes importantes. Ils peuvent accompagner des parents devenus très âgés, aider leurs enfants adultes, garder leurs petits-enfants ou prendre soin d’un conjoint fragilisé. À cela s’ajoutent parfois leurs propres difficultés de santé.
Est-ce ce que les sociologues appellent la « génération pivot » ?
Oui. Cette notion a notamment été travaillée par la sociologue Claudine Attias-Donfut, à partir de ses recherches sur les solidarités entre générations. Elle est aussi régulièrement mobilisée par Serge Guérin dans ses travaux sur les seniors, les aidants et les solidarités familiales.
La génération pivot se trouve au centre de ces solidarités. Elle apporte de l’aide aux générations qui la précèdent, mais aussi aux enfants et aux petits-enfants. Cette réalité pèse encore davantage sur les femmes, qui restent majoritaires parmi les proches aidants.
Pour les associations, la réponse ne consiste donc pas seulement à convaincre ces personnes que le bénévolat est utile ou intéressant. Beaucoup en sont déjà convaincues. Il faut surtout leur montrer que le fonctionnement de l’association pourra s’adapter à leurs contraintes et leur permettre de s’engager sans nier leurs autres responsabilités.
Cela suppose parfois des missions plus souples, la possibilité de s’absenter, de passer le relais ou de faire évoluer son rythme d’engagement. Une personne peut avoir envie de contribuer sans pouvoir promettre une disponibilité identique chaque semaine.
L’étude relève des motivations et des satisfactions moins affirmées dans le secteur social et caritatif. Est-ce un point d’alerte ?
Oui, c’est un véritable point d’attention.
Dans le secteur social et caritatif, les bénévoles sont souvent confrontés directement à la pauvreté, à l’isolement, aux problèmes de santé mentale, à la violence ou à des situations administratives très complexes. Ils peuvent avoir le sentiment que les besoins augmentent alors que les moyens disponibles ne suivent pas.
Il ne s’agit pas de dire que ces bénévoles sont moins motivés ou moins généreux. Mais ils peuvent être davantage confrontés aux limites de leur mission et à un sentiment d’impuissance.
Les associations ont donc un vrai travail à mener pour ne pas laisser les bénévoles seuls face à ces situations : permettre des échanges entre pairs, clarifier les limites du rôle de chacun, proposer des espaces de prise de recul et reconnaître les difficultés rencontrées.
On parle beaucoup de la nécessité d’accueillir de nouveaux bénévoles. Il faut aussi prendre soin de celles et ceux qui sont déjà engagés, notamment lorsqu’ils interviennent auprès de publics particulièrement fragilisés.
Quelles attentes des bénévoles ressortent particulièrement de La France bénévole 2026 ?
Trois attentes me semblent former un triptyque particulièrement intéressant : l’aide d’un autre bénévole, la formation et le souhait d’être davantage associé aux décisions.
L’aide d’un autre bénévole rappelle que l’engagement ne doit pas être une aventure solitaire. On a besoin de pouvoir échanger avec quelqu’un qui connaît la mission, partager une difficulté ou simplement vérifier que l’on ne fait pas fausse route.
La formation permet de mieux comprendre les situations rencontrées, d’acquérir des repères et de gagner en confiance. Près d’un bénévole sur quatre la cite parmi ses principales attentes. Ce n’est donc pas un sujet secondaire.
Enfin, le souhait d’être davantage associé aux décisions doit nous interroger. Certaines associations ont tellement organisé et découpé leurs activités en tâches que les bénévoles sont parfois devenus des « tâchons » : on leur demande d’exécuter une mission précise, sans toujours leur permettre de comprendre le projet, de donner leur avis ou de prendre des responsabilités.
Or, la vie associative ne peut pas fonctionner durablement avec, d’un côté, ceux qui pensent et qui décident et, de l’autre, ceux qui exécutent. Il est essentiel de revenir aux fondements de l’association : permettre à chacun de participer au projet collectif et d’exercer de vraies responsabilités, quel que soit son niveau d’engagement.
Pour mieux accompagner les bénévoles, on pourrait donc retenir trois verbes : soutenir, former et associer.
En quoi la formation peut-elle aider les bénévoles à mieux vivre leur engagement ?
Cette question reprend directement la signature de Coalta Formation : « Mieux vivre son engagement associatif ».
La formation ne règle pas tout et elle ne doit pas devenir une réponse automatique à chaque difficulté. Mais elle peut créer un espace précieux pour prendre du recul, mieux comprendre sa mission et partager des expériences avec d’autres bénévoles.
Elle peut aussi éviter que certaines difficultés soient vécues comme des échecs personnels. Lorsqu’un bénévole rencontre une personne très agressive, se sent impuissant face à une situation de grande précarité ou
ne sait pas comment poser une limite, il peut penser qu’il n’est pas fait pour cette mission. La formation permet de remettre la situation dans un cadre plus large et de retrouver des marges de manœuvre.
Elle contribue également à la reconnaissance. Proposer une formation à un bénévole, c’est lui dire que son action compte, qu’elle mérite du temps et que l’association souhaite lui donner les moyens de bien la vivre.
L’étude consacre une place nouvelle aux émotions vécues dans l’engagement. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
C’est un apport particulièrement intéressant de cette édition.
Spontanément, nous avons tendance à classer certaines émotions comme positives — la joie, la fierté ou l’espoir — et d’autres comme négatives — la colère, l’indignation ou la tristesse.
Les approches liées à l’intelligence émotionnelle invitent toutefois à dépasser ce classement. Une émotion constitue d’abord une information. La question est de comprendre ce qu’elle nous dit et ce que nous pouvons en faire.
La colère peut signaler une injustice. L’indignation peut être à l’origine d’un engagement. La tristesse peut témoigner de la relation créée avec une personne ou de la conscience des limites de son action.
Il ne s’agit donc pas d’éliminer certaines émotions, mais d’aider les bénévoles à les identifier, à les exprimer et à ne pas rester seuls avec elles.
La joie est particulièrement présente chez les jeunes bénévoles. Est-ce une surprise ?
Le chiffre est marquant : la joie est citée par 89 % des jeunes bénévoles. Cela déplace l’image parfois assez sombre que l’on peut avoir de leur rapport à l’engagement.
Les jeunes ne s’engagent pas seulement par devoir ou parce qu’ils sont inquiets pour l’avenir. Ils peuvent aussi trouver dans l’association du plaisir, des rencontres, une équipe et la possibilité d’agir concrètement.
Mais on observe également des différences importantes selon l’âge pour l’indignation, la colère ou la tristesse. Il faut rester prudent sur les explications. Cela peut tenir aux secteurs d’engagement, à l’expérience accumulée ou à une confrontation plus longue aux difficultés et aux limites de l’action.
Ce qui est certain, c’est que l’expérience bénévole ne se réduit pas à une seule émotion. Elle mêle souvent satisfaction, joie, découragement, colère et fierté.
On entend souvent des bénévoles dire qu’ils sont « mangés par leur engagement ». Pourtant, l’étude montre aussi un désir d’en faire davantage…
Oui, et c’est un résultat important.
Il existe bien des bénévoles qui souhaitent réduire leur temps d’engagement ou leurs responsabilités. Certaines personnes portent trop de choses et finissent par s’épuiser. Il ne faut surtout pas minimiser cette réalité.
Mais globalement, l’enquête fait apparaître davantage de bénévoles souhaitant donner plus de temps ou prendre davantage de responsabilités que de personnes souhaitant en faire moins.
Cela signifie que les associations disposent aussi d’un potentiel d’engagement qu’elles ne voient pas toujours.
Certains bénévoles seraient prêts à évoluer, mais ne savent pas comment le dire. D’autres ne se sentent pas légitimes ou pensent que les responsabilités sont réservées aux plus anciens. Il appartient aux associations de proposer des étapes, de faire confiance progressivement et d’ouvrir des possibilités de transmission ou de prise de responsabilité.
La question n’est donc pas toujours de demander aux bénévoles d’en faire plus, mais de permettre à ceux qui le souhaitent de trouver la place qui leur convient.
Que nous apprend cette édition 2026 sur la fracture associative ?
Les écarts selon le niveau de diplôme restent préoccupants et ont même tendance à se creuser. Les personnes les plus diplômées sont nettement plus nombreuses à participer à la vie associative.
Mais l’étude apporte une surprise de taille : une fois entrées dans une association, les personnes les moins diplômées ne s’engagent pas moins que les autres. Elles peuvent même s’investir davantage.
Cela déplace complètement la question.
Le problème ne vient pas nécessairement d’un manque d’envie ou de disponibilité. Il peut se situer avant le premier engagement : dans la manière dont les associations présentent leurs missions, dans les réseaux qu’elles utilisent, dans leurs codes implicites ou dans le sentiment de légitimité des personnes.
Certaines associations cherchent leurs bénévoles toujours dans les mêmes réseaux et finissent par accueillir des profils qui leur ressemblent. Il faut donc se demander comment rendre le premier pas plus facile et comment donner réellement une place à des personnes qui ne connaissent pas déjà les codes associatifs.
Une association inclusive n’est pas seulement une association qui affirme que tout le monde est bienvenu. C’est une association qui se demande concrètement ce qu’elle doit changer pour que chacun puisse s’engager, comprendre et participer.
Finalement, quel message principal La France bénévole 2026 adresse-t-elle aux associations ?
Il n’existe pas un bénévole idéal, disponible chaque semaine, sans contrainte familiale, immédiatement autonome et prêt à prendre toutes les responsabilités.
Il existe des bénévoles, avec des parcours, des attentes, des compétences et des disponibilités différentes.
Le défi pour les associations est donc d’accueillir cette diversité sans renoncer à leurs besoins de continuité. Cela suppose de proposer plusieurs manières de contribuer, mais aussi de permettre aux personnes qui le souhaitent de s’engager davantage.
La France bénévole 2026 montre que l’engagement résiste. Mais sa vitalité dépend aussi des conditions que les associations sont capables de créer : un accueil réel, une mission claire, une équipe, de la formation, une participation aux décisions et la possibilité d’évoluer.
À Coalta Formation, ces résultats nourrissent directement notre travail. Ils éclairent ce que nous entendons chaque année auprès des bénévoles et des responsables associatifs. En retour, notre connaissance du terrain nous aide à mettre les résultats en perspective et à adapter nos formations aux transformations de l’engagement.
👉 Consulter les ressources de La France bénévole 2026 :
- l’étude complète La France bénévole 2026 ;
- le communiqué de presse ;
- l’infographie consacrée aux mutations du bénévolat ;
- l’infographie consacrée aux fragilités ;
La France bénévole 2026 est une étude publiée par Recherches & Solidarités, en partenariat avec Coalta Formation, avec le soutien de la Direction de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative et de la MAIF.
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